« N’ouvrez surtout pas cette porte ! » murmura maître Morel en se levant brusquement.
Mais Julien ne semblait plus entendre personne.
Il fixait l’entrée, les poings serrés, le visage déformé par une colère que je ne lui avais jamais connue.
Dehors, Marc Villeneuve frappa de nouveau.
« Julien ! Je sais que tu es là ! Nous devons parler comme deux hommes raisonnables ! »
Mon mari éclata d’un rire amer.
« Raisonnables ? Cet homme a volé toute mon enfance, Claire ! Il a laissé mon père croire que j’étais mort ! Et pendant onze ans, il m’a regardé travailler pour lui comme si de rien n’était ! »
Je m’approchai doucement.
« Je sais, mon amour. Mais ne lui donne pas l’occasion de te faire du mal. »
Maître Morel sortit son téléphone.
« J’appelle immédiatement la police. Personne ne doit quitter cette maison. »
À ces mots, Monique se précipita vers lui.
« Non ! Surtout pas ! »
Nous nous retournâmes tous.
Elle était devenue livide.
« Si vous appelez la police, Marc va tout raconter ! »
Julien la fixa avec dégoût.
« Tout raconter ? Maman, qu’est-ce que tu nous caches encore ? »
Elle ouvrit la bouche, mais aucun son n’en sortit.
Puis, soudain, la voix de Marc retentit de nouveau derrière la porte.
« Monique ! Tu ferais mieux de m’ouvrir ! Tu sais très bien ce qui arrivera si je commence à parler ! »
Je sentis un frisson parcourir mon dos.
Cet homme ne ressemblait plus au patron chaleureux qui venait dîner chez nous.
Sa voix était froide, menaçante, presque méconnaissable.
Maître Morel s’éloigna vers la cuisine pour téléphoner aux autorités.
Pendant ce temps, Julien s’approcha de la porte.
« Marc ! » cria-t-il.
Un silence suivit.
« Ah, Julien ! Enfin ! »
« Je sais qui tu es. »
Dehors, Marc ne répondit pas immédiatement.
Puis il laissa échapper un petit rire.
« Alors ta mère a fini par parler. »
Julien serra les dents.
« Tu es mon oncle. »
« Biologiquement, oui. »
« Et tu as aidé à me faire disparaître. »
Un nouveau silence.
Puis Marc répondit :
« Tu devrais plutôt me remercier. Sans moi, tu n’aurais probablement jamais connu la vie que tu as aujourd’hui. »
Julien frappa la porte du plat de la main.
« TU AS DÉTRUIT LA VIE DE MON PÈRE ! »
Je le saisis immédiatement par le bras.
« Julien, recule. »
Mais Marc poursuivit, imperturbable.
« Ton père ? Gabriel Delcourt n’a jamais été un père pour toi. Moi, en revanche, je t’ai donné un travail, un salaire et une carrière. »
« Tu savais qui j’étais depuis le premier jour ? »
« Évidemment. »
Je vis les yeux de Julien se remplir de larmes.
« Alors pourquoi m’avoir embauché ? »
La réponse de Marc me glaça.
« Parce qu’il est plus facile de surveiller quelqu’un lorsqu’on le garde près de soi. »
Je portai une main à ma bouche.
Pendant onze ans, mon mari avait travaillé sous les ordres de l’homme qui avait participé à sa disparition.
Chaque promotion refusée.
Chaque déplacement professionnel annulé.
Chaque occasion de changer d’entreprise mystérieusement compromise.
Tout prenait maintenant un sens.
Marc ne voulait pas seulement contrôler sa carrière.
Il voulait contrôler sa vie.
« Et maintenant », reprit Marc, « ouvre cette porte. J’ai quelque chose qui t’appartient. »
Julien ne bougea pas.
« Quoi ? »
« Une lettre de ta mère. »
Le silence qui suivit fut insupportable.
Je regardai immédiatement Monique.
Elle semblait sur le point de s’évanouir.
« C’est impossible », murmura-t-elle.
Marc éclata de rire.
« Oh, si, Monique. Tu pensais vraiment que je l’avais détruite ? »
Julien posa lentement sa main sur la poignée.
Je l’arrêtai.
« Attends. »
Il me regarda.
« Claire, c’est peut-être la seule chose qui me reste d’elle. »
Sa voix se brisa.
Je sentis mes propres yeux se remplir de larmes.
« Je comprends. Mais nous ne savons pas ce que Marc prépare. »
À cet instant, maître Morel revint dans le salon.
« La police arrive. J’ai également prévenu les agents chargés de la protection d’Élise. »
Marc avait visiblement entendu.
Dehors, des pas précipités retentirent.
Puis le moteur d’une voiture démarra.
Je courus à la fenêtre.
Une berline noire quittait rapidement notre allée.
Mais Marc n’était pas monté à l’intérieur.
Il se tenait toujours devant notre porte.
Seul.
Et il souriait.
« Vous pouvez appeler toute la police du pays ! » lança-t-il. « Je n’ai rien à cacher ! »
Maître Morel s’approcha de la fenêtre.
Son expression changea brusquement.
« C’est étrange… »
« Quoi ? » demandai-je.
Il observa attentivement Marc.
« Les deux hommes qui l’accompagnaient viennent de partir. Pourquoi resterait-il ici volontairement ? »
Monique poussa soudain un cri.
« Parce qu’il veut gagner du temps ! »
Nous nous retournâmes.
Elle tremblait de tout son corps.
« Il ne veut pas entrer. Il veut nous empêcher de partir ! »
Julien fronça les sourcils.
« Pourquoi ? »
Monique regarda l’avocat.
« Parce qu’Élise est en danger. »
Mon cœur se serra.
« Qu’est-ce que vous racontez ? »
Elle s’approcha de moi.
« Claire, écoute-moi. Marc a toujours eu peur qu’Élise découvre la vérité. Il savait qu’elle cherchait son frère. Mais il ignorait qu’elle avait retrouvé les documents concernant Isabelle. »
« Et alors ? »
« Si ses hommes viennent de partir, c’est probablement pour la retrouver. »
Je sortis immédiatement mon téléphone.
Le dernier message d’Élise était toujours affiché.
Je composai son numéro.
Une sonnerie.
Deux.
Trois.
Puis elle décrocha.
« Claire ? »
Sa voix était faible.
« Élise ! Où êtes-vous ? »
« À la maternité… J’ai commencé à avoir des contractions. »
Je sentis mes jambes trembler.
« Vous êtes seule ? »
« Non. Une infirmière est avec moi. Mais Claire… »
Elle s’interrompit.
J’entendis un bruit derrière elle.
Puis sa voix revint, plus inquiète.
« Deux hommes viennent d’entrer dans le couloir. Ils disent être envoyés par mon père. »
Je regardai immédiatement maître Morel.
Il comprit.
« Élise, écoutez-moi », dis-je rapidement. « Ne suivez personne. Restez avec le personnel médical. »
« Pourquoi ? »
« Parce que Marc est chez nous. Et nous pensons qu’il a envoyé des hommes vous chercher. »
Un silence terrifiant suivit.
Puis Élise murmura :
« Oh, mon Dieu… »
J’entendis une porte se refermer.
Une femme parla à voix basse.
Puis Élise reprit :
« Claire, je dois vous dire quelque chose. »
« Quoi ? »
« J’ai trouvé la lettre de ma mère. Mais ce n’est pas Marc qu’elle accuse. »
Je restai figée.
« Comment ça ? »
« Elle savait que quelqu’un voulait faire disparaître Julien. Elle avait découvert des transferts d’argent suspects et des documents falsifiés. Elle avait peur pour son bébé. »
Je regardai Monique.
« Et qui avait-elle identifié ? »
Élise inspira difficilement.
Puis elle répondit :
« Une femme. »
Mon cœur manqua un battement.
« Quelle femme ? »
« Celle qui travaillait dans notre maison. Celle à qui ma mère faisait confiance plus qu’à quiconque. »
Je levai lentement les yeux vers Monique.
Elle avait compris.
Son visage se décomposa.
« Élise… » murmurai-je.
Mais la jeune femme continua.
« Claire, ma mère avait écrit qu’elle soupçonnait Monique de préparer quelque chose avec Marc. Elle avait même demandé à son avocat de modifier les dispositions de son testament. »
Je sentis une colère immense monter en moi.
« Vous voulez dire que Monique savait que votre mère avait découvert leur plan ? »
« Oui. Et il y a pire. »
Une contraction interrompit Élise.
Je l’entendis gémir.
Une infirmière lui demanda de respirer lentement.
Puis elle reprit, d’une voix tremblante :
« Ma mère avait prévu de dénoncer Marc et Monique le lendemain matin. Mais elle est morte pendant la nuit. »
Je restai silencieuse.
Les mots tournaient dans ma tête.
Isabelle avait découvert la vérité.
Elle voulait protéger son enfant.
Et elle était morte avant de pouvoir parler.
Je regardai ma belle-mère.
Pendant des années, j’avais cru qu’elle était simplement méchante, autoritaire et méprisante.
Mais maintenant, je me demandais jusqu’où elle avait été capable d’aller.
« Monique », murmurai-je, « qu’est-il arrivé à Isabelle ? »
Elle recula.
« Je n’ai rien fait ! »
Julien s’approcha immédiatement.
« Personne ne t’a accusée de l’avoir tuée. »
Elle se figea.
Et je vis, dans ses yeux, qu’elle venait de comprendre son erreur.
Julien pâlit.
« Maman… pourquoi as-tu parlé de ça ? »
Monique éclata en sanglots.
« Je ne voulais pas ! Je vous jure que je ne voulais pas ! »
Maître Morel posa lentement son téléphone sur la table.
« Madame Bernard, je vous conseille de ne plus faire de déclaration avant l’arrivée de votre avocat. »
Mais elle semblait ne plus l’entendre.
« C’était Marc ! » cria-t-elle soudain.
Julien recula.
« Quoi ? »
« C’était lui qui avait tout organisé ! »
Elle se laissa tomber dans le fauteuil.
« Isabelle avait découvert les détournements. Elle savait que Marc avait utilisé de fausses sociétés pour transférer de l’argent. Elle voulait prévenir Gabriel. »
Monique se couvrit le visage.
« Marc m’a dit qu’il allait simplement lui faire peur pour qu’elle garde le silence. »
Je sentis mon estomac se nouer.
« Et vous l’avez cru ? »
Elle secoua la tête.
« Je voulais le croire. »
Julien s’agenouilla devant elle.
« Regarde-moi. »
Elle leva les yeux.
« Est-ce que tu as fait du mal à Isabelle ? »
Les larmes coulaient sur ses joues.
« Non. Je ne lui ai jamais fait de mal physiquement. Mais… »
Elle hésita.
« Mais quoi ? »
« J’ai menti aux enquêteurs après sa mort. »
Un silence écrasant s’installa.
Julien recula lentement.
« Tu savais donc qu’il y avait quelque chose de suspect ? »
Monique hocha la tête.
« J’avais entendu Marc se disputer avec elle ce soir-là. Puis, au milieu de la nuit, il m’a appelée pour me dire qu’Isabelle avait fait un malaise. »
« Et tu n’as rien dit ? »
« Il m’a menacée. Il savait que j’avais participé aux détournements. Il m’a promis que si je parlais, je finirais en prison et que je ne reverrais jamais Julien. »
Julien ferma les yeux.
« Tu m’as volé à mon père pour te protéger. »
Elle tendit la main vers lui.
« Je t’aimais, Julien. »
Il recula.
« Ce n’est pas de l’amour, maman. C’est de la possession. »
Ses paroles me transpercèrent le cœur.
Monique se mit à sangloter.
Mais pour la première fois depuis que je la connaissais, personne ne se précipita pour la consoler.
Soudain, des sirènes retentirent dans la rue.
Deux voitures de police s’arrêtèrent devant notre maison.
Marc se retourna.
Son sourire disparut.
Un officier s’approcha de lui.
Je n’entendis pas leur conversation.
Mais quelques secondes plus tard, Marc leva les mains tandis qu’un policier procédait à une vérification de son identité.
Maître Morel ouvrit enfin la porte pour parler aux agents.
Julien resta près de moi.
Il tremblait.
Je passai mes bras autour de lui.
« Je suis là », murmurai-je.
Il enfouit son visage contre mon épaule.
« Claire… toute ma vie est un mensonge. »
Je lui caressai doucement les cheveux.
« Non, mon amour. Ce qu’on t’a raconté était un mensonge. Mais l’homme que tu es devenu est bien réel. »
Il se mit à pleurer.
Et je pleurai avec lui.
Pendant quelques instants, nous oubliâmes tout le reste.
Puis mon téléphone vibra.
C’était un nouveau message d’Élise.
« Claire, les hommes sont partis. La sécurité de l’hôpital est avec moi. Mais le bébé arrive plus tôt que prévu. J’ai peur. »
Je montrai le message à Julien.
Il essuya immédiatement ses larmes.
« On doit aller la voir. »
Maître Morel revint dans le salon.
« Les policiers vont recueillir vos déclarations. Ensuite, nous pourrons organiser votre déplacement à l’hôpital. »
Julien hocha la tête.
Mais au moment où nous nous préparions à parler aux agents, Monique se leva brusquement.
« Attendez ! »
Nous nous retournâmes.
Elle fixait Julien avec une expression désespérée.
« Il y a quelque chose que je ne vous ai pas encore dit. »
Julien soupira.
« Quoi, encore ? »
Elle inspira profondément.
« Marc n’a pas gardé cette lettre pendant toutes ces années uniquement pour me faire chanter. »
Maître Morel fronça les sourcils.
« Pourquoi l’a-t-il conservée ? »
Monique regarda son fils.
« Parce qu’Isabelle avait découvert un autre secret concernant la fortune des Delcourt. »
Julien resta silencieux.
« Quel secret ? »
Monique baissa les yeux.
« Le testament qu’Isabelle avait signé avant sa mort ne concernait pas seulement ton héritage. Il contenait une clause qui pouvait retirer à Marc tout pouvoir sur les entreprises familiales si certaines irrégularités étaient prouvées. »
Maître Morel se redressa.
« Où se trouve ce testament ? »
Monique hésita.
Puis elle murmura :
« Dans un coffre que Marc m’a demandé de garder. »
Je la regardai avec stupéfaction.
« Vous avez ce coffre ? »
Elle hocha lentement la tête.
« Oui. »
« Où ? » demanda Julien.
Monique leva les yeux vers l’escalier.
« Dans ma chambre. »
Nous restâmes tous figés.
Pendant toutes ces années, une preuve potentiellement décisive avait peut-être été cachée sous notre propre toit.
Maître Morel demanda aux policiers de sécuriser la pièce avant toute manipulation.
Quelques minutes plus tard, un agent accompagna Monique à l’étage.
Ils revinrent avec un petit coffre métallique.
Monique indiqua le code.
Le policier l’ouvrit en présence de témoins.
À l’intérieur se trouvaient plusieurs enveloppes jaunies, une clé ancienne et un petit carnet relié de cuir.
Mais ce fut le dernier objet qui attira immédiatement mon attention.
Une photographie.
On y voyait Isabelle, souriante, tenant son nouveau-né.
Et derrière elle, un homme se tenait près de la fenêtre.
Je reconnus Gabriel Delcourt.
Julien prit doucement la photographie, avec l’autorisation de l’agent.
Ses yeux se remplirent de larmes.
« C’est… ma mère ? »
Monique hocha la tête.
« Oui. »
Il caressa le visage d’Isabelle du bout des doigts.
Puis il retourna la photo.
Une phrase avait été écrite à la main.
« À mon petit Julien. Si un jour tu lis ces mots, sache que je t’ai aimé dès la première seconde de ta vie. Personne ne pourra jamais effacer cet amour. Maman. »
Julien éclata en sanglots.
Je le serrai contre moi.
Mais maître Morel, qui examinait les autres documents avec l’agent, venait de découvrir quelque chose.
« Attendez… »
Il sortit une enveloppe portant le sceau d’un cabinet notarial.
« Ce document semble être un avenant au testament d’Isabelle. »
Il le parcourut rapidement.
Puis il leva les yeux vers Julien.
« Monsieur Bernard, si ce document est authentifié, il pourrait modifier considérablement la situation patrimoniale de votre famille. »
Julien secoua la tête.
« Je me fiche de l’argent. Je veux simplement savoir ce qui est arrivé à ma mère. »
L’avocat acquiesça.
« Et vous avez raison. Mais ce document pourrait également expliquer pourquoi Marc a voulu vous faire disparaître. »
Il tourna une page.
Puis une autre.
Soudain, son visage changea.
« Mon Dieu… »
Je sentis mon cœur accélérer.
« Qu’y a-t-il ? »
Il hésita.
« Isabelle avait laissé une instruction très particulière. »
Julien s’approcha.
« Laquelle ? »
L’avocat releva lentement les yeux.
« Elle demandait que, si son fils venait à disparaître dans des circonstances suspectes, une enquête indépendante soit menée sur toutes les personnes ayant eu accès à sa chambre pendant les dernières quarante-huit heures de sa vie. »
Monique recula.
« Non… »
Maître Morel continua.
« Et elle avait joint une liste de noms. »
Je retins mon souffle.
« Marc ? »
« Oui. Marc figure sur cette liste. »
Julien serra les poings.
« Et qui d’autre ? »
L’avocat baissa les yeux vers le document.
Puis il prononça un nom auquel aucun de nous ne s’attendait.
« Gabriel Delcourt. »
Le silence qui suivit fut terrifiant.
Julien recula.
« Mon propre père ? »
Maître Morel referma doucement le dossier.
« Je ne sais pas pourquoi Isabelle l’avait inscrit. Cela ne prouve pas qu’il ait commis quoi que ce soit. Mais il faudra comprendre ce qu’elle craignait. »
À cet instant, mon téléphone sonna.
Le nom d’Élise apparut.
Je décrochai immédiatement.
« Élise ? »
Sa voix était entrecoupée de sanglots.
« Claire… mon bébé est né. »
Je portai une main à ma bouche.
« Oh, Élise ! Félicitations ! Est-ce que vous allez bien tous les deux ? »
« Oui… C’est une petite fille. Elle est magnifique. »
Je sentis les larmes couler sur mes joues.
« Je suis tellement heureuse pour vous. »
Mais Élise ne semblait pas soulagée.
« Claire, il faut que Julien vienne. Tout de suite. »
« Pourquoi ? »
Elle inspira difficilement.
« Parce que mon père est ici. »
Je regardai Julien.
« Gabriel ? »
« Oui. Il vient d’apprendre que son fils pourrait être vivant. »
Mon cœur se serra.
« Et qu’a-t-il dit ? »
Un silence suivit.
Puis Élise murmura :
« Il a pleuré. Il a demandé à voir Julien. Mais quand je lui ai parlé de la lettre de ma mère… »
Elle s’interrompit.
« Quoi ? »
Sa voix devint presque inaudible.
« Il m’a dit que, le soir de la mort d’Isabelle, il avait vu quelque chose qu’il avait caché à la police pendant vingt-huit ans. »
Je sentis mon sang se glacer.
« Qu’est-ce qu’il a vu ? »
Élise inspira profondément.
Puis elle prononça une phrase qui me fit lâcher mon téléphone.
« Claire… mon père affirme qu’Isabelle lui avait confié qu’elle craignait de mourir. Et il possède encore l’enregistrement de leur dernière conversation. »
Je restai immobile.
Julien ramassa mon téléphone.
« Élise ? C’est Julien. »
Un silence.
Puis j’entendis la jeune femme éclater en sanglots.
« Julien… »
Mon mari ferma les yeux.
Pour la première fois de sa vie, il entendait la voix de sa sœur.
« Je suis là », murmura-t-il.
Élise pleurait.
« Notre père veut te rencontrer. »
Julien regarda la photographie de sa mère qu’il tenait encore dans sa main.
Puis il répondit :
« Dis-lui que j’arrive. »
Mais avant de raccrocher, Élise ajouta une dernière phrase.
« Julien, prépare-toi. Papa dit que l’enregistrement ne révèle pas seulement ce qui s’est passé avant la mort de notre mère. Il contient aussi une confession que quelqu’un a essayé d’effacer. »
À SUIVRE DANS LA PARTIE 5 — L’ENREGISTREMENT D’UNE FEMME MORTE DEPUIS VINGT-HUIT ANS…………………………….
PARTIE 5 — L’ENREGISTREMENT D’UNE FEMME MORTE DEPUIS VINGT-HUIT ANS
Je n’avais jamais vu mon mari aussi silencieux.
Pendant tout le trajet jusqu’à l’hôpital, Julien resta assis à côté de moi, serrant contre sa poitrine la vieille photographie de sa mère biologique.
Il ne pleurait plus.
Il ne parlait plus.
Il regardait simplement par la fenêtre, comme si le monde qu’il avait connu venait de disparaître.
« Julien… » murmurai-je en posant ma main sur la sienne.
Il tourna lentement la tête.
« Et si mon père ne voulait pas vraiment de moi, Claire ? »
Sa question me brisa le cœur.
« Pourquoi dis-tu ça ? »
« Il a vécu vingt-huit ans sans moi. Il a eu une autre fille. Une autre famille. Et moi, pendant tout ce temps, j’étais là, à quelques kilomètres de lui. »
Je serrai doucement sa main.
« Il croyait que tu étais mort, mon amour. Il ne savait pas que tu existais encore. »
Julien baissa les yeux.
« Mais maintenant qu’il le sait… et s’il regrettait de me retrouver ? »
Je sentis les larmes me monter aux yeux.
« Alors ce serait sa perte, pas la tienne. Mais donne-lui au moins la chance de te montrer ce qu’il ressent. »
Il hocha lentement la tête.
Quelques minutes plus tard, nous arrivâmes à la maternité.
Maître Morel nous accompagnait.
Deux policiers étaient également présents dans le bâtiment, car les autorités avaient décidé de renforcer la sécurité d’Élise après les événements de la matinée.
Lorsque les portes de l’ascenseur s’ouvrirent au quatrième étage, une infirmière nous conduisit vers une chambre privée.
Mais avant même d’atteindre la porte, nous aperçûmes un homme assis seul dans le couloir.
Il devait avoir une soixantaine d’années.
Ses cheveux gris étaient soigneusement coiffés, mais son costume semblait froissé, comme s’il l’avait porté pendant plusieurs jours.
Il tenait un petit bracelet en argent dans sa main.
Et il pleurait.
Maître Morel s’arrêta.
« Monsieur Delcourt… »
L’homme leva les yeux.
Puis son regard se posa sur Julien.
Je vis immédiatement quelque chose changer dans son expression.
Il se leva si brusquement que le bracelet lui échappa des doigts.
Il tomba sur le carrelage avec un petit bruit métallique.
Mais personne ne se baissa pour le ramasser.
Gabriel Delcourt fixait mon mari comme s’il venait de voir un fantôme.
« Julien ? » murmura-t-il.
Mon mari resta immobile.
« Oui. »
Gabriel porta une main à sa bouche.
Ses yeux se remplirent de larmes.
« Mon Dieu… »
Il fit un pas.
Puis un autre.
Mais il s’arrêta à quelques mètres de Julien.
« Je peux… je peux te regarder ? »
Mon mari fronça légèrement les sourcils.
« Vous me regardez déjà. »
Gabriel laissa échapper un sanglot.
« Tu as ses yeux. »
Julien baissa la tête.
« Les yeux de qui ? »
« D’Isabelle. »
Un silence bouleversant suivit.
Gabriel s’approcha lentement.
« Quand tu étais bébé, ta mère disait toujours que tu avais hérité de son regard. Elle riait en disant que tu pourrais obtenir tout ce que tu voulais simplement en la regardant. »
Julien serra la photographie contre lui.
« Je ne me souviens pas d’elle. »
Gabriel ferma les yeux.
Une larme glissa sur sa joue.
« Je sais, mon fils. Je sais. »
Ces deux derniers mots firent trembler Julien.
Mon fils.
Il n’avait jamais entendu Gabriel les prononcer auparavant.
Gabriel tendit doucement les bras, puis s’arrêta.
« Est-ce que je peux te prendre dans mes bras ? »
Julien resta silencieux.
Je vis ses lèvres trembler.
Puis, lentement, il hocha la tête.
Gabriel l’attira contre lui.
Et cet homme que les journaux décrivaient comme l’un des plus puissants entrepreneurs du pays se mit à pleurer comme un enfant.
« Je t’ai cherché dans mes rêves pendant vingt-huit ans », murmura-t-il.
Julien ferma les yeux.
« On m’a dit que vous pensiez que j’étais mort. »
Gabriel serra son fils plus fort.
« J’ai enterré un cercueil que je croyais être le tien. Chaque année, le jour de ton anniversaire, je venais déposer des fleurs sur ta tombe. »
Sa voix se brisa.
« Et pendant tout ce temps, tu étais vivant. »
Je ne pus retenir mes larmes.
Même maître Morel détourna les yeux.
Mais après quelques instants, Julien se dégagea doucement.
« Monsieur Delcourt… »
Gabriel essuya ses joues.
« Gabriel, si tu préfères. Nous avons tellement de temps à rattraper. »
Julien inspira profondément.
« J’ai besoin de connaître la vérité sur ma mère. »
Le visage de Gabriel changea immédiatement.
Il regarda maître Morel.
Puis il hocha lentement la tête.
« Alors il est temps que tu entendes ce qu’elle a essayé de me dire. »
Il nous conduisit dans une petite salle de réunion mise à disposition par l’hôpital.
Élise venait d’accoucher et se reposait avec sa petite fille.
Gabriel nous expliqua qu’elle souhaitait rencontrer Julien dès que les médecins l’y autoriseraient.
Nous nous assîmes autour d’une table.
Gabriel sortit une petite boîte noire de sa serviette.
À l’intérieur se trouvait un ancien enregistreur numérique.
« Isabelle avait commencé à enregistrer certaines conversations quelques semaines avant sa mort », expliqua-t-il.
Julien fronça les sourcils.
« Pourquoi ? »
Gabriel baissa les yeux.
« Parce qu’elle avait peur. »
Je sentis un frisson me parcourir.
« Peur de Marc ? »
Gabriel hocha lentement la tête.
« Au début, elle soupçonnait simplement des irrégularités financières. Puis elle a découvert que mon frère avait détourné plusieurs millions par l’intermédiaire de sociétés fictives. »
Il inspira profondément.
« Mais lorsqu’elle a voulu me montrer les documents, je ne l’ai pas crue. »
Julien le fixa.
« Pourquoi ? »
Gabriel ferma les yeux.
« Parce que Marc était mon petit frère. Je l’avais élevé après la mort de nos parents. Je pensais le connaître mieux que personne. »
Sa voix trembla.
« J’ai accusé Isabelle d’être paranoïaque. Je lui ai dit qu’elle voyait des complots partout. »
Je vis la douleur traverser son visage.
« C’est la plus grande erreur de ma vie. »
Il posa l’enregistreur sur la table.
« Trois jours avant sa mort, Isabelle m’a demandé de conserver cet appareil. Elle m’a dit que si quelque chose lui arrivait, je devais écouter le dernier fichier. »
Julien se pencha en avant.
« Et vous l’avez écouté ? »
Gabriel secoua la tête.
« Pas immédiatement. »
« Pourquoi ? »
« Parce que j’étais fou de chagrin. Parce que je venais de perdre ma femme, puis mon fils. Et parce que Marc m’a convaincu que ces enregistrements ne feraient qu’aggraver ma souffrance. »
Il essuya une larme.
« Des années plus tard, j’ai essayé de les écouter. Mais plusieurs fichiers semblaient endommagés. J’ai conservé l’appareil sans jamais avoir le courage de m’en séparer. »
Maître Morel intervint.
« Un spécialiste a récemment réussi à récupérer une partie des données. Nous avons transmis une copie aux enquêteurs. »
Julien serra les poings.
« Faites-moi écouter. »
Gabriel hésita.
« Julien, ce que tu vas entendre risque d’être difficile. »
« J’ai vécu vingt-huit ans dans le mensonge. Je peux supporter quelques minutes de vérité. »
Gabriel appuya sur un bouton.
Un léger grésillement remplit la pièce.
Puis une voix féminine retentit.
Douce.
Fatiguée.
Mais incroyablement claire.
« Gabriel… si tu écoutes ceci, c’est que je n’ai pas réussi à te convaincre à temps. »
Julien porta immédiatement une main à sa bouche.
Ses yeux se remplirent de larmes.
C’était la voix de sa mère.
Pour la première fois de sa vie, il entendait Isabelle lui parler.
L’enregistrement continua.
« Je sais que tu aimes Marc. Je sais qu’il est ton frère. Mais je t’en supplie, regarde les documents que j’ai laissés dans le coffre. »
Un bruit de porte retentit dans l’enregistrement.
Puis Isabelle reprit d’une voix plus basse.
« J’ai découvert qu’il a falsifié plusieurs signatures. Et je crois que Monique l’aide. »
Julien ferma les yeux.
Je posai ma main sur son épaule.
« Il y a autre chose », poursuivit Isabelle. « Quelqu’un a essayé de modifier les documents médicaux de notre bébé. Une infirmière m’a prévenue qu’un dossier avait été ouvert sous un autre nom. »
Gabriel baissa la tête.
Je vis ses mains trembler.
Puis la voix d’Isabelle devint plus inquiète.
« Gabriel, je ne crois plus que tout cela concerne seulement l’argent. Marc sait que si Julien grandit et hérite de mes parts, il perdra le contrôle de plusieurs sociétés. »
Un silence.
Puis elle ajouta :
« Et je crois qu’il prépare quelque chose. »
Julien se mit à pleurer silencieusement.
Mais l’enregistrement n’était pas terminé.
Nous entendîmes soudain une voix masculine.
« Isabelle ? Tu parles à qui ? »
Je reconnus immédiatement Marc.
Isabelle répondit :
« À personne. Je laissais un message à Gabriel. »
Marc éclata d’un rire froid.
« Tu devrais arrêter de fouiller dans des affaires qui ne te concernent pas. »
« Ce sont les affaires de mon fils. »
« Ton fils est encore un bébé. »
« Et je ferai tout pour le protéger. »
Un bruit sourd retentit.
Puis Isabelle s’écria :
« Ne touche pas à cet appareil ! »
L’enregistrement grésilla.
Nous entendîmes des pas.
Puis la voix de Marc, plus basse.
« Tu aurais dû accepter mon offre. »
Isabelle répondit :
« Je ne te laisserai jamais prendre ce qui appartient à Julien. »
Un long silence suivit.
Puis Marc prononça une phrase qui me glaça jusqu’aux os.
« Alors tu ne me laisses pas beaucoup de choix. »
L’enregistrement s’interrompit brutalement.
Personne ne bougea.
Julien fixait l’appareil.
Ses larmes coulaient librement.
« C’est tout ? » murmura-t-il.
Gabriel secoua lentement la tête.
« Non. »
Il regarda maître Morel.
« Il y a un second fichier. »
L’avocat acquiesça.
« Celui-ci a été récupéré hier soir. »
Gabriel appuya de nouveau sur le bouton.
Un grésillement.
Puis la voix d’Isabelle.
Mais cette fois, elle pleurait.
« Gabriel… j’ai découvert quelque chose d’encore plus grave. »
Je sentis mon cœur s’accélérer.
« Marc n’agit pas seul. Il y a quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui connaît tous nos secrets. »
Julien se pencha en avant.
Isabelle continua.
« Je pensais pouvoir faire confiance à cette personne. Je lui ai même confié Julien pendant mes séjours à l’hôpital. »
Monique.
Je pensai immédiatement à elle.
Mais la phrase suivante me fit douter.
« Cette personne a accès aux documents de l’entreprise, aux comptes familiaux et même à nos dossiers médicaux. »
Gabriel releva brusquement la tête.
« Ce n’est pas possible… »
Julien le regarda.
« Quoi ? »
Mais Gabriel ne répondit pas.
L’enregistrement continua.
« J’ai découvert un transfert bancaire effectué la veille de mon accouchement. Il ne vient pas de Marc. »
Un bruit de papier froissé.
Puis Isabelle murmura :
« Il vient du compte personnel de… »
Un grésillement violent coupa sa voix.
Julien se leva brusquement.
« Non ! »
Le son revint quelques secondes plus tard.
Nous entendîmes Isabelle respirer difficilement.
« Si quelque chose m’arrive, cherchez dans le dossier bleu. Tout est là. »
Puis l’enregistrement s’arrêta.
Julien fixa son père.
« Le dossier bleu ? »
Gabriel semblait complètement bouleversé.
« Isabelle avait un dossier bleu dans son bureau. »
« Et où est-il ? »
Gabriel secoua la tête.
« Il a disparu après sa mort. »
Maître Morel ouvrit son ordinateur.
« Nous avons retrouvé plusieurs documents dans les archives de l’entreprise, mais aucun dossier correspondant à cette description. »
Je réfléchis rapidement.
Puis une image me revint.
Le coffre de Monique.
Les enveloppes.
Le carnet de cuir.
Et cette petite clé ancienne.
« Attendez », murmurai-je.
Tout le monde me regarda.
« Dans le coffre de Monique, il y avait une clé. »
Maître Morel fronça les sourcils.
« Oui. Elle a été placée sous scellés avec les autres objets. »
« Et si cette clé ouvrait l’endroit où Isabelle avait caché son dossier ? »
Gabriel se redressa brusquement.
« Isabelle possédait un petit secrétaire ancien dans sa chambre. Il avait un compartiment verrouillé. »
Julien le fixa.
« Vous l’avez encore ? »
Gabriel hocha lentement la tête.
« Je n’ai jamais réussi à me séparer de ses affaires. Le meuble est toujours dans notre ancienne maison. »
Un silence suivit.
Puis Julien se leva.
« Alors allons-y. »
Mais maître Morel l’arrêta.
« Pas avant d’avoir obtenu l’autorisation des enquêteurs. Si ce meuble contient des preuves, il faut les préserver correctement. »
Julien soupira.
« Combien de temps encore faudra-t-il attendre ? »
Gabriel s’approcha de lui.
« Je sais que tu veux des réponses. Moi aussi. Mais cette fois, nous allons faire les choses correctement. »
Mon mari le regarda longuement.
Puis il hocha la tête.
À cet instant, une infirmière frappa doucement à la porte.
« Monsieur Delcourt ? Votre fille aimerait vous voir. Et elle demande également Julien. »
Gabriel se tourna vers son fils.
« Tu es prêt ? »
Julien inspira profondément.
« Je crois. »
Nous suivîmes l’infirmière jusqu’à la chambre d’Élise.
Lorsque nous entrâmes, elle était allongée dans son lit, tenant un minuscule bébé enveloppé dans une couverture rose.
Elle leva les yeux.
Puis elle aperçut Julien.
Son visage se transforma.
« Oh, mon Dieu… »
Julien s’arrêta près de la porte.
Élise se mit à pleurer.
« Tu ressembles tellement à maman. »
Julien essuya ses joues.
« C’est ce que papa vient de me dire. »
Élise tendit une main vers lui.
« Approche, s’il te plaît. »
Il s’avança lentement.
Puis il prit sa main.
« Bonjour, Élise. »
Elle éclata en sanglots.
« Bonjour, grand frère. »
Ces deux mots suffirent à faire pleurer toute la pièce.
Julien s’assit près d’elle.
Élise lui présenta sa fille.
« Elle s’appelle Isabelle. »
Mon mari porta une main à sa bouche.
« Comme notre mère ? »
Élise hocha la tête.
« Oui. Je voulais que son prénom continue à vivre dans notre famille. »
Julien regarda le bébé.
Puis il murmura :
« Elle est magnifique. »
Élise sourit à travers ses larmes.
« Tu veux la prendre ? »
Il hésita.
« Je ne sais pas si… »
« Tu es son oncle, Julien. »
Il tendit doucement les bras.
Élise déposa sa fille contre sa poitrine.
Et je vis mon mari sourire pour la première fois depuis le début de cette terrible journée.
Il regarda le petit visage endormi.
« Bonjour, petite Isabelle. »
Le bébé bougea légèrement.
Julien la serra doucement contre lui.
« Je te promets une chose », murmura-t-il. « Personne ne te volera jamais ta famille comme on m’a volé la mienne. »
Je sentis mon cœur se briser et se réparer en même temps.
Mais notre bonheur fut de courte durée.
Le téléphone de Gabriel sonna.
Il regarda l’écran.
Son visage changea.
« C’est l’inspectrice chargée de l’enquête. »
Il décrocha.
Nous le regardâmes écouter pendant plusieurs secondes.
Puis il pâlit.
« Vous êtes certaine ? »
Un silence.
« Mais… comment est-ce possible ? »
Julien releva immédiatement la tête.
« Papa ? »
Gabriel resta immobile.
Puis il raccrocha.
Je n’oublierai jamais son expression.
« Les enquêteurs viennent de vérifier le coffre de Monique », murmura-t-il.
Maître Morel s’approcha.
« Et alors ? »
Gabriel inspira difficilement.
« Ils ont trouvé un document caché dans la doublure du carnet. »
Julien fronça les sourcils.
« Quel document ? »
Gabriel le regarda.
« Une ancienne déclaration signée par une infirmière de la clinique. »
Élise serra sa couverture.
« Qu’est-ce qu’elle dit ? »
Gabriel semblait incapable de parler.
Puis il murmura :
« Elle affirme que, la nuit où Isabelle est morte, Marc n’était pas la dernière personne à être entrée dans sa chambre. »
Je sentis un frisson parcourir mon dos.
« Qui était-ce ? »
Gabriel ferma les yeux.
« Monique. »
Julien devint livide.
Mais Gabriel poursuivit.
« Et l’infirmière affirme avoir entendu Isabelle prononcer une phrase juste avant de perdre connaissance. »
Le silence devint insupportable.
« Quelle phrase ? » demanda Julien.
Gabriel nous regarda un à un.
Puis il répondit :
« Monique… pourquoi m’as-tu donné ce médicament ? »
Je sentis mes jambes se dérober.
Élise porta une main à sa bouche.
Julien resta immobile, le bébé toujours endormi dans ses bras.
Mais avant que quiconque puisse parler, Gabriel ajouta :
« Il y a autre chose. »
Maître Morel fronça les sourcils.
« Quoi ? »
Gabriel regarda son fils.
« L’infirmière avait également écrit qu’Isabelle avait tenté de lui remettre une enveloppe avant de mourir. »
« Et où est cette enveloppe ? » demanda Julien.
Gabriel baissa les yeux.
« Elle aurait été remise à Marc. »
Julien ferma les yeux.
« Bien sûr… »
Mais Gabriel secoua lentement la tête.
« Non, mon fils. Tu ne comprends pas. »
Il sortit son téléphone et nous montra une photographie que l’inspectrice venait de lui envoyer.
On y voyait une enveloppe jaunie.
Sur le devant, un prénom était écrit en grandes lettres.
CLAIRE.
Mon propre prénom.
Je restai figée.
« Pourquoi Isabelle aurait-elle écrit mon prénom ? »
Gabriel me regarda avec une expression étrange.
« C’est justement ce que les enquêteurs cherchent à comprendre. »
Puis il agrandit la photographie.
Sous mon prénom, une phrase apparaissait.
« À remettre à Claire lorsqu’elle découvrira qui est réellement son mari. »
Je sentis mon cœur s’arrêter.
Julien me regarda.
« Claire… tu connaissais Isabelle ? »
Je secouai immédiatement la tête.
« Non ! Je te le jure ! »
Mais Gabriel semblait profondément troublé.
Il fixa mon visage pendant plusieurs secondes.
Puis il murmura :
« Attendez… »
Il s’approcha de moi.
« Quel était le nom de jeune fille de votre mère ? »
Je fronçai les sourcils.
« Pourquoi ? »
« Répondez-moi, s’il vous plaît. »
Je sentis une étrange inquiétude m’envahir.
« Ma mère s’appelait Hélène Moreau avant son mariage. »
Gabriel recula brusquement.
Son visage devint blanc.
« Hélène… Moreau ? »
Je hochai la tête.
« Oui. Vous la connaissez ? »
Il porta une main à sa poitrine.
Puis il prononça une phrase qui me glaça jusqu’aux os.
« Claire… votre mère était la meilleure amie d’Isabelle. Et c’est elle qui a essayé de dénoncer la disparition de Julien il y a vingt-huit ans. »
Je restai sans voix.
Mais Gabriel n’avait pas terminé.
Il me regarda droit dans les yeux.
« Et si cette enveloppe porte votre prénom, c’est peut-être parce que votre mère vous a laissé une partie de la vérité sans jamais oser vous la révéler. »
À cet instant, mon téléphone vibra.
Un message venait d’arriver d’un numéro inconnu.
Je l’ouvris.
Il ne contenait qu’une seule phrase.
« Claire, demande à ta mère pourquoi elle a quitté la ville le lendemain de la mort d’Isabelle. Et surtout, demande-lui ce qu’elle a fait du deuxième bébé. »
Je relus le message trois fois.
Puis je levai lentement les yeux vers Julien.
Le deuxième bébé ?
Quel deuxième bébé ?
À SUIVRE DANS LA PARTIE 6 — LE DEUXIÈME BÉBÉ ET LE SECRET QUE MA MÈRE AVAIT EMPORTÉ DANS SA TOMBE…