Je n’oublierai jamais le visage de ma belle-mère ce matin-là.
Cette femme qui, depuis des années, dirigeait notre maison d’une main de fer, se tenait maintenant devant moi, les lèvres tremblantes et les yeux remplis d’une terreur que je ne lui avais jamais connue.
« Claire… » murmura-t-elle en s’agrippant au cadre de ma porte. « Dis-moi que tu n’as pas vraiment aidé cette femme. »
Je me redressai lentement dans mon lit.
« De quoi parlez-vous, Monique ? »
Elle referma la porte derrière elle, puis s’approcha si rapidement que je reculai instinctivement.
« La femme enceinte ! Celle qui est venue ici la semaine dernière ! Tu lui as donné quelque chose, n’est-ce pas ? »
Mon cœur se serra.
Comment pouvait-elle le savoir ?
Cette nuit-là, j’avais attendu qu’elle retourne dans sa chambre avant de rejoindre notre voisine sur le trottoir.
Je lui avais donné mon manteau, les deux cents derniers dollars que je gardais pour les courses et le numéro d’un centre d’accueil pour femmes victimes de violences.
Je l’avais également accompagnée jusqu’aux urgences, où une infirmière avait immédiatement pris en charge ses blessures.
La jeune femme s’appelait Élise.
Elle avait vingt-neuf ans, était enceinte de huit mois et vivait dans la petite maison au bout de notre rue depuis seulement trois semaines.
Je ne connaissais presque rien d’elle.
Mais je savais une chose : personne ne méritait d’être abandonné dans cet état.
« Oui », répondis-je finalement. « Je l’ai aidée. Et si c’était à refaire, je le referais. »
Monique porta une main à sa bouche.
« Mon Dieu… Qu’est-ce que tu as fait ? »
Je fronçai les sourcils.
« J’ai aidé une femme blessée. Pourquoi réagissez-vous comme si j’avais commis un crime ? »
Elle ne répondit pas.
À la place, elle sortit son téléphone de la poche de son peignoir.
Ses doigts tremblaient tellement qu’elle dut s’y reprendre à trois fois pour ouvrir une photographie.
Puis elle me tendit l’écran.
Je reconnus immédiatement Élise.
Mais sur cette photo, elle ne portait ni vêtements déchirés ni traces de coups.
Elle était élégamment habillée, souriante, debout devant un immense bâtiment aux fenêtres de verre.
À côté d’elle se trouvait un homme d’une soixantaine d’années, vêtu d’un costume sombre.
Sous la photographie, un titre apparaissait :
« La fille unique du milliardaire Gabriel Delcourt réapparaît après plusieurs mois d’absence. »
Je relus la phrase deux fois.
Puis une troisième.
« Attendez… Élise est la fille de Gabriel Delcourt ? »
Monique hocha lentement la tête.
« Oui. Et son père vient de racheter l’entreprise où travaille ton mari. »
Je restai silencieuse.
Mon mari, Julien, travaillait depuis onze ans dans une société de construction.
Depuis plusieurs mois, il craignait de perdre son emploi à cause d’une restructuration.
Mais je ne comprenais toujours pas pourquoi ma belle-mère semblait sur le point de s’évanouir.
« Et alors ? » demandai-je. « Qu’est-ce que cela change ? »
Elle me fixa avec une expression étrange.
« Tu ne comprends donc pas ? Cette femme est la fille d’un homme capable de détruire notre famille avec un seul appel téléphonique ! Et je l’ai chassée de notre maison comme une mendiante ! »
Je sentis la colère monter en moi.
« Ce qui vous dérange, ce n’est donc pas d’avoir humilié une femme enceinte et blessée. C’est de découvrir qu’elle est riche ? »
Monique détourna les yeux.
« Tu ne sais pas tout, Claire. »
À cet instant, quelqu’un frappa à la porte d’entrée.
Trois coups fermes.
Puis une voix masculine retentit.
« Madame Monique Bernard ? Nous souhaiterions vous parler d’un incident survenu la semaine dernière. »
Ma belle-mère devint livide.
Je descendis rapidement l’escalier.
Deux hommes en costume attendaient sur le perron.
L’un d’eux tenait une mallette noire.
L’autre me présenta une carte professionnelle.
« Bonjour, madame. Je suis maître Antoine Morel, avocat de la famille Delcourt. Voici mon collègue. Nous cherchons la personne qui a porté secours à mademoiselle Élise Delcourt dans la nuit du 17 octobre. »
Monique apparut derrière moi.
Avant que je puisse répondre, elle s’avança avec un sourire forcé.
« Ah, quelle heureuse surprise ! Nous avons justement été très inquiètes pour cette pauvre jeune femme ! »
Je tournai lentement la tête vers elle.
Je n’en croyais pas mes oreilles.
C’était la même femme qui avait hurlé à Élise de dégager de chez nous.
Et maintenant, elle prétendait s’être inquiétée pour elle.
L’avocat consulta un document.
« Madame Bernard, selon le témoignage de mademoiselle Delcourt, vous lui avez refusé toute assistance alors qu’elle présentait des blessures visibles. Est-ce exact ? »
Le sourire de Monique disparut.
« C’est… c’est un malentendu. Je ne savais pas qui elle était. »
L’avocat leva les yeux.
« Vous voulez dire que vous l’auriez aidée si vous aviez connu son identité ? »
Un silence glacial s’installa.
Je vis Monique ouvrir la bouche, puis la refermer.
Finalement, je pris la parole.
« C’est moi qui ai aidé Élise. Je l’ai conduite à l’hôpital cette nuit-là. »
L’avocat se tourna immédiatement vers moi.
« Vous êtes Claire Bernard ? »
« Oui. »
Son expression changea.
Il rangea ses documents et me tendit une enveloppe blanche.
« Mademoiselle Delcourt nous a demandé de vous remettre ceci personnellement. »
Je pris l’enveloppe.
Mon prénom était écrit à la main.
Je reconnus l’écriture d’Élise.
À l’intérieur se trouvait une courte lettre.
« Chère Claire,
Vous ne saviez pas qui j’étais.
Vous ne m’avez demandé ni mon nom de famille, ni mon argent, ni ce que je pouvais vous offrir.
Vous avez simplement vu une femme qui avait besoin d’aide.
Cette nuit-là, vous n’avez pas seulement protégé ma vie.
Vous avez aussi sauvé celle de mon bébé.
Je voudrais vous remercier personnellement.
Mais avant notre rencontre, il y a quelque chose que vous devez savoir concernant votre belle-mère.
Elle et moi nous sommes déjà rencontrées.
Et je suis certaine qu’elle se souvient de ce qu’elle m’a fait.
Élise. »
Je sentis mon sang se glacer.
Je relevai lentement les yeux vers Monique.
Elle avait reculé jusqu’au mur.
« Vous connaissiez Élise ? » demandai-je.
« Non… » souffla-t-elle.
Mais l’avocat l’interrompit.
« Madame Bernard, je vous conseille de ne pas mentir davantage. »
Il ouvrit sa mallette et en sortit une photographie.
On y voyait Monique, plus jeune de quelques années, devant une maison que je ne reconnaissais pas.
À côté d’elle se tenait une adolescente.
Je regardai attentivement le visage de la jeune fille.
C’était Élise.
« Cette photographie a été prise il y a quatorze ans », expliqua l’avocat.
Monique se mit à pleurer.
« Je vous en supplie… Ne dites rien à mon fils. »
Je sentis une boule se former dans ma gorge.
« Qu’est-ce que Julien a à voir avec cette histoire ? »
L’avocat me regarda avec gravité.
« Madame, votre mari sait-il que sa mère a autrefois travaillé pour la famille Delcourt ? »
Je secouai la tête.
« Non. Elle nous a toujours dit qu’elle avait été secrétaire dans une petite entreprise. »
L’homme poussa un profond soupir.
« Dans ce cas, il est temps que vous appreniez la vérité. »
Il posa un dossier épais sur la table du salon.
Sur la couverture figurait le nom de ma belle-mère.
Et juste en dessous, trois mots écrits en lettres rouges :
DÉTOURNEMENT DE FONDS — DOSSIER CLASSÉ.
Je fixai Monique.
Elle avait cessé de pleurer.
Son visage était maintenant marqué par une peur bien plus profonde.
« Claire », murmura-t-elle, « si Julien découvre ce dossier, il ne me pardonnera jamais. »
Mais l’avocat n’avait pas terminé.
Il sortit une seconde enveloppe.
« Ce dossier ne concerne pas seulement de l’argent. Il contient également des informations sur un enfant dont la véritable identité a été dissimulée pendant vingt-huit ans. »
Je sentis mes jambes se dérober.
« Quel enfant ? »
L’avocat tourna lentement une page.
Puis il prononça le prénom de mon mari.
« Julien. »
À cet instant précis, la porte d’entrée s’ouvrit.
Mon mari venait de rentrer.
Il regarda sa mère en larmes, les deux inconnus dans notre salon, puis le dossier posé devant moi.
« Qu’est-ce qui se passe ici ? »
Personne ne répondit.
Alors il s’approcha de la table.
Ses yeux tombèrent sur une vieille photographie glissée entre les documents.
Il la prit.
Son visage changea immédiatement.
« Maman… » murmura-t-il d’une voix étranglée.
« Pourquoi cet homme tient-il un bébé qui porte exactement le même bracelet que celui que tu m’as donné à ma naissance ? »
Monique poussa un cri.
Et l’avocat prononça une phrase qui allait bouleverser notre famille pour toujours.
« Monsieur Bernard, je crois que votre mère vous a menti sur vos origines depuis le jour de votre naissance. »
À SUIVRE DANS LA PARTIE 3 — LE SECRET DE NAISSANCE QUE PERSONNE NE DEVAIT DÉCOUVRIR…
PARTIE 3 — LE SECRET DE NAISSANCE QUE PERSONNE NE DEVAIT DÉCOUVRIR
Mon mari resta immobile au milieu du salon, la vieille photographie tremblant entre ses doigts.
Pendant quelques secondes, personne n’osa prononcer un mot.
Puis Julien leva lentement les yeux vers sa mère.
« Maman… Qu’est-ce que cet homme raconte ? »
Monique secoua la tête avec désespoir.
« Julien, mon chéri, ne les écoute pas. Ils essaient de détruire notre famille. »
Mais sa voix tremblait tellement que ses paroles semblaient déjà être un aveu.
L’avocat, maître Morel, posa calmement ses mains sur la table.
« Monsieur Bernard, je comprends que cette situation soit bouleversante. Mais les documents que nous possédons soulèvent des questions extrêmement sérieuses concernant votre naissance. »
Julien regarda de nouveau la photographie.
On y voyait un homme élégant tenant un nouveau-né enveloppé dans une couverture blanche.
Au poignet du bébé brillait un petit bracelet en argent.
Le même bracelet que Julien conservait depuis son enfance dans une boîte en bois.
Sa mère lui avait toujours raconté que son père, décédé lorsqu’il avait cinq ans, le lui avait offert à sa naissance.
« C’est impossible », murmura Julien.
Il retourna la photographie.
Au dos, une inscription avait été écrite à l’encre bleue.
« Gabriel et son petit garçon. 14 juin 1998. »
Je vis mon mari devenir livide.
« Gabriel ? » répéta-t-il.
Il regarda l’avocat.
« Vous voulez dire Gabriel Delcourt ? »
Maître Morel ne répondit pas immédiatement.
Il sortit une copie d’un ancien registre hospitalier.
« Nous avons retrouvé ce document dans les archives d’une clinique privée qui a fermé ses portes il y a plusieurs années. »
Il fit glisser la feuille vers Julien.
« Selon ce registre, un garçon est né le 14 juin 1998, sous le nom de Julien Delcourt. »
Mon mari recula brusquement.
« Non. Mon nom est Julien Bernard. »
« C’est le nom qui figure sur vos documents actuels », répondit l’avocat. « Mais les archives indiquent qu’un autre nom vous avait été attribué à la naissance. »
Je sentis mon cœur battre jusque dans mes tempes.
Je regardai Monique.
Elle s’était assise dans un fauteuil, les mains serrées contre sa poitrine.
« Monique », demandai-je doucement, « est-ce que Julien est vraiment votre fils ? »
Elle éclata en sanglots.
« Bien sûr que c’est mon fils ! Je l’ai élevé ! Je l’ai nourri ! Je lui ai donné toute ma vie ! »
Julien posa violemment la photographie sur la table.
« Ce n’est pas ce qu’elle t’a demandé, maman ! »
Je ne l’avais jamais entendu parler ainsi.
Il avait toujours été patient avec sa mère.
Même lorsqu’elle me critiquait, même lorsqu’elle contrôlait nos finances, même lorsqu’elle décidait de ce que nous devions faire dans notre propre maison.
Mais cette fois, quelque chose venait de se briser.
« Je veux savoir si tu m’as mis au monde », déclara-t-il.
Monique baissa la tête.
Un silence interminable suivit.
Puis elle murmura :
« Non. »
Ce simple mot sembla vider la pièce de tout son air.
Julien chancela.
Je me précipitai pour lui prendre le bras.
« Julien… »
Mais il se dégagea doucement.
Ses yeux restaient fixés sur sa mère.
« Alors… qui est ma vraie mère ? »
Monique ferma les yeux.
« Elle s’appelait Isabelle. Isabelle Delcourt. »
Maître Morel hocha gravement la tête.
« Isabelle était la première épouse de Gabriel Delcourt. Elle est décédée quelques semaines après la naissance de son fils. »
Julien porta une main à sa bouche.
« Et mon père ? »
« Gabriel Delcourt est votre père biologique présumé », répondit l’avocat. « Mais une analyse ADN sera nécessaire pour le confirmer. »
Je regardai mon mari.
Ses yeux s’étaient remplis de larmes.
Pendant trente ans, il avait cru être le fils d’une femme autoritaire mais dévouée.
Et maintenant, il découvrait qu’une partie entière de sa vie reposait peut-être sur un mensonge.
« Pourquoi ? » demanda-t-il.
Monique ne répondit pas.
« POURQUOI ? » cria-t-il soudain.
Elle sursauta.
« Parce que je ne voulais pas te perdre ! »
Julien resta figé.
« Me perdre ? Mais je ne t’appartenais pas ! »
Monique enfouit son visage dans ses mains.
« Tu ne comprends pas. À l’époque, je travaillais dans la maison des Delcourt. J’étais responsable de la nursery. Isabelle était très malade après l’accouchement. Gabriel voyageait constamment pour ses affaires. »
Elle inspira difficilement.
« Et moi… je m’occupais de toi jour et nuit. »
L’avocat l’interrompit.
« Vous omettez une partie essentielle de l’histoire, madame Bernard. »
Monique leva brusquement la tête.
« Taisez-vous ! »
Mais maître Morel continua.
« À cette époque, une importante somme d’argent a disparu des comptes personnels d’Isabelle Delcourt. Peu après, son fils a été déclaré décédé à la suite d’une complication médicale. »
Julien devint blanc comme un linge.
« Déclaré… décédé ? »
Je sentis un frisson parcourir mon dos.
L’avocat acquiesça.
« Gabriel Delcourt a enterré un enfant qu’il croyait être son fils. »
Je portai instinctivement la main à ma bouche.
« Mon Dieu… »
Julien regarda sa mère avec horreur.
« Tu lui as fait croire que j’étais mort ? »
Monique secoua frénétiquement la tête.
« Ce n’était pas censé se passer comme ça ! »
« Alors explique-nous ! » cria-t-il.
Elle se leva brusquement.
« Je voulais simplement partir avec toi. J’avais tout préparé. Une nouvelle identité, un nouvel appartement, une autre ville… »
Elle s’interrompit.
Puis elle ajouta d’une voix presque inaudible :
« Mais quelqu’un m’a aidée. »
Maître Morel se redressa immédiatement.
« Qui ? »
Monique serra les lèvres.
« Je ne peux pas le dire. »
« Vous devez comprendre », insista l’avocat, « que cette personne pourrait être impliquée dans plusieurs infractions graves. »
Elle secoua la tête.
« Si je révèle son nom, tout sera terminé. »
Julien éclata d’un rire amer.
« Tout est déjà terminé, maman. »
Il se dirigea vers la fenêtre.
Je le suivis, mais il leva doucement la main pour me demander de lui laisser un instant.
Je connaissais ce geste.
C’était celui qu’il faisait lorsqu’il essayait désespérément de ne pas pleurer devant les autres.
Puis il se retourna.
« Et Élise ? »
L’avocat releva les yeux.
« Pardon ? »
« Élise Delcourt. La femme enceinte que Claire a aidée. Quel est son lien avec moi ? »
Maître Morel prit une profonde inspiration.
« Si les documents sont authentiques, Élise serait votre demi-sœur. »
Julien resta bouche bée.
Je sentis les larmes me monter aux yeux.
Une semaine plus tôt, j’avais ouvert ma porte à une inconnue blessée.
Je lui avais donné mon manteau et mes dernières économies.
Sans le savoir, j’avais peut-être sauvé la sœur de mon propre mari.
Et son bébé.
Mais une question me traversa soudain l’esprit.
« Attendez », dis-je.
Tout le monde se tourna vers moi.
« Si Élise savait que Monique avait travaillé pour sa famille, pourquoi est-elle venue frapper précisément à notre porte cette nuit-là ? »
Maître Morel échangea un regard étrange avec son collègue.
Puis il referma lentement le dossier.
« C’est justement la raison pour laquelle nous devons vous parler d’un autre événement. »
Mon cœur se serra.
« Quel événement ? »
« Élise n’est pas arrivée dans votre quartier par hasard. »
Julien se retourna brusquement.
« Comment ça ? »
L’avocat hésita.
« Depuis plusieurs mois, elle enquêtait discrètement sur la disparition de son frère. Elle avait retrouvé la trace de madame Bernard et loué une maison à proximité. »
Je me souvins alors de notre première rencontre.
Élise m’avait demandé depuis combien de temps nous vivions dans cette rue.
Elle avait également voulu savoir si Julien était né dans la région.
À l’époque, je n’avais rien trouvé d’étrange à ces questions.
Maintenant, tout prenait un sens.
« Mais alors… » murmurai-je, « pourquoi était-elle blessée ? »
Le visage de maître Morel s’assombrit.
« Parce que quelqu’un a découvert ce qu’elle cherchait. »
Monique poussa un petit gémissement.
Je me tournai immédiatement vers elle.
« Vous savez quelque chose, n’est-ce pas ? »
Elle secoua la tête.
« Non… non… »
Mais je remarquai qu’elle fixait son téléphone posé sur la table.
L’écran venait de s’allumer.
Un message apparaissait.
Je n’aurais probablement pas dû regarder.
Mais les premiers mots étaient suffisamment grands pour être lus de l’autre côté de la table.
« TU AS PARLÉ AUX AVOCATS ? »
Puis un second message arriva.
« SI JULIEN DÉCOUVRE QUI A ORGANISÉ LA DISPARITION, TU SAIS CE QUI ARRIVERA. »
Je sentis mon sang se glacer.
« Julien », murmurai-je.
Mon mari s’approcha.
Je lui montrai l’écran.
Il lut les messages.
Puis il regarda sa mère.
« Qui t’envoie ça ? »
Monique attrapa précipitamment son téléphone.
« Personne ! Ce n’est rien ! »
Mais Julien lui barra le passage.
« Maman, donne-moi ce téléphone. »
Elle recula.
« Non ! »
« DONNE-LE-MOI ! »
Soudain, une sonnerie retentit.
Le nom de l’appelant apparut sur l’écran.
Et lorsque Julien le lut, son visage se décomposa.
« C’est impossible… »
Je m’approchai.
Le nom affiché était celui de son supérieur hiérarchique.
MARC VILLENEUVE.
L’homme qui avait embauché Julien onze ans auparavant.
L’homme qui lui avait récemment promis une promotion.
L’homme qui avait assisté à notre mariage et qui venait régulièrement dîner chez nous.
Julien regarda sa mère.
« Pourquoi mon patron t’appelle-t-il à cette heure-ci ? »
Monique semblait incapable de respirer.
Puis elle prononça une phrase qui nous glaça tous.
« Parce que Marc est celui qui m’a aidée à te faire disparaître. »
Je reculai sous le choc.
Mais maître Morel sembla encore plus bouleversé que nous.
« Marc Villeneuve ? » répéta-t-il.
« Vous êtes certaine ? »
Monique hocha la tête.
L’avocat ouvrit immédiatement son ordinateur.
Il chercha quelque chose pendant plusieurs secondes.
Puis son expression changea.
« Monsieur Bernard… vous devez voir ceci. »
Il tourna l’écran vers nous.
Une ancienne photographie de famille apparut.
Gabriel Delcourt se tenait devant une grande demeure, entouré de plusieurs personnes.
Parmi elles, un jeune homme souriant.
Je reconnus immédiatement Marc Villeneuve.
Mais ce qui me terrifia le plus fut la légende sous la photographie.
« Gabriel Delcourt et son frère cadet, Marc Delcourt, lors d’une réception familiale en 1997. »
Julien recula.
« Mon patron… est le frère de mon père ? »
Maître Morel acquiesça lentement.
« Il semblerait que Marc Villeneuve soit une identité qu’il utilise depuis plusieurs années. »
Je regardai Monique.
« Vous avez travaillé ensemble pour voler un enfant à sa propre famille ? »
Elle fondit en larmes.
« Ce n’était pas seulement pour l’argent… »
Julien serra les poings.
« Alors pourquoi ? »
Monique leva vers lui des yeux remplis de terreur.
« Parce que ton oncle avait quelque chose à gagner si tu disparaissais. »
L’avocat se pencha immédiatement vers elle.
« Quoi exactement ? »
Elle hésita longtemps.
Puis elle murmura :
« L’héritage d’Isabelle. »
Un silence lourd tomba sur le salon.
« Isabelle avait placé une fortune considérable dans une fiducie destinée à son fils », expliqua Monique. « Si l’enfant mourait, les dispositions prévoyaient qu’une partie des biens serait transférée à une autre branche de la famille. »
Julien semblait incapable de parler.
« Et Marc voulait cet argent ? »
Monique hocha la tête.
« Il m’a promis que personne ne souffrirait. Il m’a dit que Gabriel finirait par refaire sa vie. Et que toi… tu serais heureux avec moi. »
Mon mari la regarda comme s’il découvrait une étrangère.
« Tu as laissé mon père pleurer ma mort pendant vingt-huit ans pour obtenir de l’argent ? »
Elle ne répondit pas.
À cet instant, le téléphone sonna de nouveau.
Cette fois, maître Morel nous fit signe de garder le silence.
« Répondez », ordonna-t-il calmement à Monique. « Mettez le haut-parleur. »
Elle hésita.
Puis elle décrocha.
Une voix masculine retentit.
« Monique ? Enfin ! Pourquoi tu ne répondais pas ? »
Je reconnus immédiatement la voix de Marc.
« Je… je ne pouvais pas », balbutia-t-elle.
Il poussa un soupir impatient.
« Écoute-moi bien. J’ai appris que les avocats de Gabriel sont chez toi. Tu dois détruire les documents avant qu’ils ne découvrent la vérité. »
Julien ferma les yeux.
Ses mains tremblaient.
Marc continua.
« Et surtout, ne laisse pas Julien parler à Élise. »
Monique regarda l’avocat.
« Pourquoi ? »
Un silence suivit.
Puis Marc répondit d’une voix glaciale :
« Parce qu’elle a trouvé la preuve que nous avons menti sur la mort du bébé. »
Je sentis mon cœur s’arrêter.
« Quelle preuve ? » demanda Monique.
Marc hésita.
Puis il prononça une phrase qui changea complètement le cours de cette histoire.
« Le certificat de décès est faux. Mais ce n’est pas le pire. Élise a découvert ce qui est réellement arrivé à Isabelle. »
Maître Morel se redressa brusquement.
« Que voulez-vous dire ? »
À l’autre bout du fil, Marc cessa de respirer pendant une seconde.
« Qui est avec toi, Monique ? »
Personne ne répondit.
Puis il éclata :
« MONIQUE ! QUI EST CHEZ TOI ? »
La communication fut brutalement coupée.
Quelques secondes plus tard, mon téléphone vibra.
C’était un message d’Élise.
Je l’ouvris immédiatement.
Il ne contenait que quatre lignes.
« Claire, ne faites confiance à personne.
Ma mère n’est peut-être pas morte de causes naturelles.
J’ai trouvé une lettre qu’elle avait écrite avant sa mort.
Et elle contient le nom de la personne qui voulait faire disparaître Julien. »
Je relevai lentement les yeux vers mon mari.
Mais avant que je puisse lui montrer le message, quelqu’un frappa violemment à notre porte.
Trois coups.
Puis une voix familière retentit.
« Julien ! Ouvre ! C’est Marc ! »
Monique poussa un cri étouffé.
Je regardai par la fenêtre.
Marc se tenait sur notre perron.
Mais il n’était pas seul.
Deux hommes attendaient derrière lui.
Et l’un d’eux tenait une grande enveloppe portant le nom de mon mari.
Puis Marc leva les yeux vers la fenêtre.
Il me vit.
Et il sourit.
« Claire ! Je sais que tu es là ! Ouvre cette porte. Il est temps que ton mari apprenne pourquoi je l’ai gardé près de moi pendant onze ans ! »
À SUIVRE DANS LA PARTIE 4 — L’ONCLE QUI AVAIT VOLÉ UNE VIE… ET LE DERNIER SECRET D’ISABELLE………………………………………….