PARTIE 6 : – « Mon mari a subi une vasectomie et, pourtant, deux mois plus tard… »

PARTIE 6 — LE SECRET QUE PAULA AVAIT ENTERRÉ DEPUIS DES ANNÉES

Laura relut le message d’Isabelle une dizaine de fois.
« Si un jour Laura attend elle-même des jumeaux, ne la laissez surtout pas accoucher sans avoir découvert ce qui est arrivé à sa sœur. »
Ces mots semblaient tourner dans sa tête comme une terrible malédiction.
Elle posa une main sur son ventre. Ses deux bébés bougeaient doucement, inconscients du danger qui semblait se rapprocher d’eux.
— Non… murmura-t-elle. Personne ne touchera à mes enfants.
Isabelle était assise en face d’elle, dans la chambre d’hôpital de Gabriel. Son visage était pâle. Depuis qu’elle avait découvert la lettre de leur père, elle n’avait presque pas fermé l’œil.
— Laura, il faut que je te dise quelque chose, commença-t-elle. Il y a un détail que je ne t’ai pas encore révélé.
Laura leva immédiatement les yeux.
— Quel détail ?
Isabelle hésita, puis sortit une petite enveloppe froissée de son sac.
— Lorsque j’étais enceinte de Gabriel, Paula venait régulièrement me rendre visite. À l’époque, je pensais qu’elle était simplement une amie de Diego. Elle m’aidait parfois avec les rendez-vous médicaux. Elle connaissait même le nom de mon médecin.
— Et tu ne t’es jamais méfiée ?
— Pourquoi l’aurais-je fait ? Elle me disait qu’elle voulait m’aider. Mais après la naissance de Gabriel, tout a changé. Elle a commencé à me convaincre que Diego ne voulait pas de cet enfant. Puis elle a disparu pendant plusieurs semaines.
Isabelle ouvrit l’enveloppe et en sortit une photographie.
Laura sentit son cœur s’arrêter.
Sur la photo, Paula tenait un nouveau-né dans ses bras. À côté d’elle se trouvait un homme que Laura reconnut immédiatement : Diego.
Mais ce n’était pas Gabriel.
La photographie semblait avoir été prise plusieurs années avant la naissance de son propre mari.
— Qui est ce bébé ? demanda Laura d’une voix tremblante.
Isabelle secoua la tête.
— Je n’en sais rien. Mais regarde ce qu’il y a derrière.
Laura retourna la photographie.

 

 

 

 

Une date était inscrite au dos, accompagnée de quelques mots écrits à la main :

« Notre deuxième chance. Notre héritier. »

Et en dessous, une signature : Paula Herrera.

Laura sentit une colère froide envahir son corps.

— Elle avait donc déjà un enfant avec Diego ?

— C’est ce que j’ai pensé. Mais il y a autre chose.

Isabelle sortit une seconde feuille. C’était une copie d’un ancien registre hospitalier. Plusieurs informations avaient été effacées, mais une ligne restait lisible :

« Transfert néonatal privé — autorisation exceptionnelle. »

Le nom du médecin responsable était celui du Dr Salinas.

Laura se leva brusquement.

— Il savait ! Depuis le début, il savait quelque chose !

— Attends, Laura. Nous n’avons pas encore toutes les preuves.

À cet instant, le téléphone de Laura vibra.

Un numéro inconnu.

Elle décrocha.

— Allô ?

Pendant quelques secondes, personne ne répondit. Puis une voix masculine, grave et essoufflée, murmura :

— Madame Moreau, vous devez quitter cet hôpital immédiatement.

Laura se raidit.

— Qui êtes-vous ?

— Quelqu’un qui a travaillé autrefois avec le Dr Salinas. Je sais ce qui est arrivé au deuxième bébé d’Isabelle.

Laura échangea un regard terrifié avec sa sœur.

— Où est cet enfant ?

La voix se tut.

Puis l’homme répondit :

— Il n’a jamais été abandonné. Il a été confié à une famille qui ignorait toute la vérité. Et cette famille porte aujourd’hui le nom de…

Un bruit violent retentit au bout du fil.

— Allô ? Allô !

La communication fut coupée.

Laura rappela immédiatement, mais le numéro était désormais indisponible.

— Qu’est-ce qu’il a dit ? demanda Isabelle.

Laura lui répéta chaque mot.

Isabelle porta les mains à sa bouche.

— Tu veux dire que… nous avions peut-être une autre sœur ou un autre frère ?

— Je ne sais pas encore. Mais quelqu’un connaît la réponse.

Elles n’eurent pas le temps de poursuivre.

La porte de la chambre s’ouvrit.

Le Dr Salinas entra, tenant un dossier contre sa poitrine. Son visage était inhabituellement fermé.

— Laura, je dois vous parler. Seule.

— Non, répondit-elle immédiatement. Isabelle reste avec moi.

Le médecin observa les deux femmes, puis ferma lentement la porte.

— Je comprends votre méfiance. Mais ce que je vais vous révéler risque de bouleverser votre vie.

Laura croisa les bras.

— Alors parlez.

Le médecin posa le dossier sur la table.

— Il y a vingt-sept ans, votre père Antoine Moreau est venu me voir. Il m’a demandé de l’aider à protéger deux nouveau-nés. Il affirmait que quelqu’un voulait séparer les deux enfants.

Isabelle se mit à trembler.

— Vous parlez de nous ?

Le médecin baissa les yeux.

— Oui. Mais votre père ne m’avait pas dit toute la vérité. Il m’avait demandé de garder certains documents secrets jusqu’à ce que vous soyez toutes les deux adultes.

— Et pourquoi ne nous avez-vous jamais parlé de tout cela ? cria Laura.

— Parce que j’avais reçu des menaces. Et parce que j’ai commis une erreur que je regrette depuis toutes ces années.

Laura s’approcha de lui.

— Quelle erreur ?

Le médecin inspira profondément.

— J’ai signé un document autorisant le transfert du deuxième bébé. Je croyais qu’il s’agissait d’une mesure temporaire destinée à le protéger. Mais lorsque j’ai compris ce qui se passait réellement, l’enfant avait déjà disparu.

Isabelle éclata en sanglots.

— Vous avez laissé quelqu’un prendre mon bébé ?

— Je n’ai jamais su où il avait été emmené, répondit-il. Jusqu’à il y a quelques mois.

Laura se figea.

— Quelques mois ?

Le médecin ouvrit le dossier et sortit une photographie récente.

Il la posa devant Laura.

Sur cette photographie se trouvait une jeune femme d’environ vingt-cinq ans. Elle avait les mêmes yeux qu’Isabelle et le même sourire que Laura.

Au-dessous de son visage, un nom était inscrit :

ÉMILIE MOREAU.

Laura sentit ses jambes devenir faibles.

— Qui est-elle ?

Le Dr Salinas répondit d’une voix presque inaudible :

— C’est la personne qui pourrait être votre troisième sœur.

Un silence glacial envahit la chambre.

Troisième sœur.

Laura regarda Isabelle, qui semblait incapable de prononcer un mot.

— Où est-elle ? demanda finalement Laura.

Le médecin prit une longue inspiration.

— Elle travaille dans la clinique où vous avez effectué votre première échographie.

Laura recula d’un pas.

— Quoi ?

— Elle était présente le jour où vous avez découvert votre grossesse. Elle vous a vue, Laura. Elle savait qui vous étiez.

Laura repensa soudain à cette jeune infirmière qui avait longuement observé son dossier avant de quitter la salle d’examen.

Elle avait trouvé son comportement étrange, mais n’y avait pas prêté attention.

— Pourquoi ne m’a-t-elle pas parlé ?

Le médecin ne répondit pas tout de suite.

Puis il sortit une dernière feuille du dossier.

— Parce qu’elle avait reçu une instruction précise : ne jamais révéler son identité avant la naissance de vos jumeaux.

Laura sentit son sang se glacer.

— Qui lui a donné cette instruction ?

Le Dr Salinas ferma les yeux.

— Paula Herrera.

Quelques minutes plus tard, Laura et Isabelle quittèrent la chambre pour rejoindre le couloir.

Elles voulaient appeler leur avocat et demander une protection pour les documents.

Mais lorsqu’elles arrivèrent devant l’ascenseur, Laura remarqua une silhouette immobile près de la sortie.

Une femme.

Élégante, vêtue d’un manteau noir, les cheveux attachés.

Elle tenait un bouquet de fleurs blanches.

Puis elle se retourna.

C’était Paula.

Elle sourit comme si elle venait simplement rendre visite à une vieille amie.

— Laura… dit-elle doucement. Je vois que tu as enfin commencé à poser les bonnes questions.

Isabelle se plaça immédiatement devant sa sœur.

— Éloigne-toi de nous !

Paula ne sembla même pas surprise.

— Isabelle, toujours aussi dramatique. Tu devrais plutôt me remercier.

— Me remercier ? Tu as détruit ma vie !

Paula posa lentement le bouquet sur une chaise.

— Je n’ai détruit la vie de personne. J’ai simplement empêché certaines vérités de faire exploser cette famille.

Laura s’approcha d’elle.

— Où est Émilie ?

Pour la première fois, le sourire de Paula disparut.

— Qui t’a parlé d’Émilie ?

— Alors tu la connais.

Paula resta silencieuse.

Laura comprit qu’elle venait de toucher un point sensible.

— Tu savais depuis le début qu’Isabelle et moi avions une troisième sœur. Tu savais ce qui était arrivé au bébé. Et tu as également organisé toute cette histoire autour de ma grossesse.

Paula secoua lentement la tête.

— Tu ne comprends toujours pas, Laura. Ce n’est pas ta grossesse qui m’intéresse. C’est ce qu’elle va révéler.

— Qu’est-ce que cela signifie ?

Paula se pencha légèrement vers elle.

— Ton père n’était pas celui que tu crois. Il a passé des années à construire une histoire destinée à cacher une vérité bien plus terrible. Et si tu découvres pourquoi il a séparé ses propres enfants, tu comprendras pourquoi Diego a accepté de rester à mes côtés.

Laura sentit ses mains trembler.

— Diego sait où se trouve Émilie ?

Paula sourit de nouveau.

— Diego sait beaucoup plus de choses que tu ne l’imagines.

À cet instant, le téléphone d’Isabelle sonna.

C’était l’hôpital.

Elle décrocha, écouta quelques secondes, puis son visage devint livide.

— Quoi ? Comment ça, il n’est plus dans sa chambre ?

Laura se tourna vers elle.

— Qu’est-ce qui se passe ?

Isabelle raccrocha, les yeux remplis de larmes.

— Gabriel… Il a disparu.

Laura se retourna immédiatement vers Paula.

Mais celle-ci avait déjà commencé à reculer vers la sortie.

— Qu’as-tu fait ? hurla Isabelle.

Paula ne répondit pas.

Elle sortit simplement son téléphone, regarda l’écran et prononça une dernière phrase avant de partir :

— Si vous voulez revoir Gabriel, arrêtez de chercher Émilie.

Puis elle disparut derrière les portes automatiques.

Laura voulut la poursuivre, mais une douleur soudaine lui traversa le ventre.

Elle posa une main contre le mur.

— Laura ! cria Isabelle.

Le Dr Salinas accourut.

— Il faut immédiatement l’examiner !

Laura respirait difficilement. Elle regarda sa sœur, puis posa les deux mains sur son ventre.

— Non… Pas maintenant… Mes bébés…

Le médecin l’aida à s’asseoir sur un fauteuil roulant.

Au même moment, le téléphone de Laura vibra une nouvelle fois.

Un message venait d’arriver.

Il provenait d’un numéro inconnu.

Il ne contenait qu’une seule phrase :

« Paula ne veut pas seulement faire disparaître Gabriel. Elle veut récupérer les deux enfants que tu portes. Et je peux te prouver pourquoi. »

Une photographie était jointe.

Laura l’ouvrit.

C’était une image ancienne, prise dans une maternité.

On y voyait son père Antoine, Paula et Diego, debout devant deux couveuses.

Mais ce qui glaça Laura n’était pas leur présence.

C’était la date inscrite sur la photographie.

Le jour même de sa naissance.

Et derrière la vitre de la deuxième couveuse, quelqu’un avait écrit un prénom au feutre noir :

LAURA.

Pourquoi son prénom se trouvait-il sur une couveuse qui n’était pas la sienne ?

Et surtout… si Paula avait déjà préparé quelque chose le jour de sa naissance, depuis combien de temps leur famille vivait-elle dans un mensonge ?

FIN DE LA PARTIE 6 — À SUIVRE…

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